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BABEL D'ARTIFICE

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BABEL D'ARTIFICE

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Il n’avait pas fallu moins d’un demi-millions d’euros, 16 000 mèches et quelques 30 000 fusées pour faire tonner dans le ciel de toutes les grandes villes de France l’écho tonitruant d’une Idée sourde, mort depuis bien longtemps : la gloire de la France.
Bien crevé, la-dite se payait un show qu’on voyait depuis la gare Saint-Lazare et si cette soirée avait été un roman noir, on l’aurait appelé : « DU RIFIFI POUR UN MASSACRE ».

Pour ma part, victime d’une migraine, j’avais jeté dans mon verre un Efferalgan effervescent, et portant celui-ci à ma bouche j’écoutais patiemment la brise de la pastille sans penser nullement à la prise de la Bastille.

A l’extérieur, on se prosternait devant le grand badaboum. Furie d’applaudissement pour illustre patatra luminescent. Une foule compacte entrait en transe en hurlant « O la belle bleu ! ». Les artificiers du 14 détournaient les attentions sur un grand vide plein d’étincelles pour faire oublier le ciel derrière la fumée.
Debout sur le champ de Mars, la Tour Eiffel exécuta quelque tour de Hoola Hoop, tandis sous sa jupe, sous la pliure humide de son vagin de fer, trônait le plus vieille étron du plus ressemelé des rocks, Johnny Hallyday, créature rose de pastel fade dont les chansons se confondirent rapidement avec le chuintement des fusées et les explosions des pétards d’artifeux. De toute façon, toute les oreilles s’en battaient les tympans et tandis qu’au premier rang souriaient quinze mille abrutis goguenard,s les cinq milles autres s’entre-défouraillaient à même la pelouse.

Score : « 117 viols », et même la jeune Julie, surnommée "le laideron des landes", avait enfin rencontré l’homme qui devait la dépuceler. Toute sa vie, elle s’était demandé à quoi il ressemblerait, qui il serait et quelles seraient les circonstances de leurs amours ? Elle avait espéré, à défaut du Prince Charmant, un type qui ait au moins toutes ses dents.
Résultat, vers minuit, elle sanglotait la chatte fistée par un tesson de Kronenbourg qu’un gitans rigolards lui agitait dans le lard. Johnny hurlait quelque chose comme « Vive la France », Sarkozy pleurait dans sa chambre sur un drapeau déchiré par sa gauchiste italienne et sous la nue scintillaient en bleu-blanc-rouge un océan de smig brûlé sur un autel oublié.

Le lendemain, ma tristesse m’étouffant jusqu’à la migraine, je pris la fuite vers d’autre Normandie. La chaleur avait fait suinter la mer de centaines de touristes anglais venus acheter notre beau pays pour le revendre au marché noir à de malveillants chinois rêvant de mettre la main sur mon village, Luc-sur-Mer.
C’était le 15 juillet, et ce soir avait lieu le feu d’artifice annuel durant lequel la mairie a l’habitude de faire flambler tout l’argent qu’elle n’a pas consacré à l’édification de nouveaux rond points et à l’embellissement floral de la station balnéaire. Je me passerais de vous décrire le feu d’artifice qui me fit, après l’extase du 14, l’effet d’un gros pétard Tigre de Bengale.

Le miracle eût lieu le 16 juillet 2009 vers 21H27. Dévoré par la tristesse, j’avais abandonné l’espoir de quelque main capable de relever le menton du monde.
Tandis que les artificiers aux orifices défoncés par les prouesses du 14 et du 15 dormaient du sommeil du juste, un nuage gris de forme hexagonale vint s’interposer entre le ciel bleu et la France. Je craignis quelques instants qu’il ne me tombât sur la tête. Le gêne gaulois.
L’obscurité d’un orage vint obombrer la marée basse et je pus assister à l’hallali des touristes qui battirent en retraire devant l’imminente ondée. En un instant, les parasols se firent parapluie sous l’éclaboussure et les pauvres anglais pataugeaient déjà dans un torrent de sable quand le premier éclair, velu d’électricité, zébra le ciel. Je comptais à peine quatre ou cinq secondes avant que le tonnerre ne gronde. Nous parlions indubitablement tempête.
Cinq minutes plus tard, les éclairs rugissaient en chœur et les touristes hurlaient sous des trombes de sables et de boues, de cailloux et de crabes emportés dans une marée haute à marée basse. Ils s’extirpèrent du marasme par ma main tendue. J’entendis à peine le diminuant « floc, floc » de leur fuite quand le sanglot des ténèbres se déversa, assourdissant désespoir des anges oeuvrant à ridiculiser les œuvres des hommes.

A cet instant, debout sur la digue et éprouvant la solitude du poteau électrique, le souvenir de mon poisson rouge, Hannibal, m’apparut. Je compris ce qu’il avait dû ressentir lorsque, enfant, je le précipitai dans les toilettes pour le « libérer » de son aquarium. La projection de Sauvez Willy avait suscité chez moi une culpabilité à l’égard de cette pauvre créature qui me semblait particulièrement malheureuse. J’avais décider de lui rendre sa liberté. Hannibal en partance pour le grand large « flousch ! » Plus tard, je devais découvrir que tel était l’état normal de tout poisson rouge.

La plage me fit l’effet d’un rondin merdique déposé là par une céleste fesse et la blancheur du ciel donnait dans les tons céramiques. Nous vivons vraiment dans la cuvette du Paradis.
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Last Updated on Thursday, 22 October 2009 21:35  

Tweet de Q

Q
Je reflechis a un eventuel retour sur canalblog, plus leger, flexible et miux referencé.
Q
travaille sur un roman pour le moment. Mais il n'est jamais loin !
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