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L'ANATIVITE

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L’ANATIVITE

cochfemme

« Petits enfants, c'est la dernière heure,

et comme vous avez appris qu'un antéchrist vient,

il y a maintenant plusieurs antéchrists :

par là nous connaissons que c'est la dernière heure. »

Première épître de Jean, 2:18

Joe était inquiet. Depuis vingt ans qu’il s’occupait de la ferme de Malpertuis, jamais les animaux n’avaient été aussi excités. A la pointe de la nuit, lorsque la lune illuminait les enclos des bêtes, il avait vu les galopades et le grondements des chiens. Le vrombissement des poules qui battaient des ailes. Dans le pré, les vaches tournaient dans le sens des aiguilles d’une montre et mugissaient leur inexplicable angoisse. Les cochons, eux, faisaient silence : leur mère allait mettre bas.

Sa femme dormait. Il ne la réveilla pas. Depuis longtemps, elle ne l’aimait plus et il était loin le temps où, pour la dernière fois, ils avaient fait l’amour. Pourtant Joe n’était pas si vieux du haut de ses cinquante ans. Sans doute son rhinophyma avait-il révélé à sa femme ses penchant alcooliques mais tous ses copains buvaient et pariaient sur les chevaux. Lui, au moins, ne jouait pas au Rapido. Reste que, comme il le répétait souvent à ses amis qui plaignaient sa pauvre bite mal-aimée, il ne l’avait jamais battu ! « Jamais ! ». Pour l’heure, Joe était juste inquiet. Vers une heure du matin, il jura avoir entendu, dans les collines, un loup hurler à la mort. Il avait ouvert la fenêtre pour mieux entendre, et s’était accoudé en soupirant. Une étoile brillait qu’il ne connaissait pas.

Dans la salle à manger, il se servit le calva que lui faisait son voisin, bouilleur de cru, auquel il fournissait quelques pommes à l’occasion. Il toussa un peu trop fort et tendit l’oreille pour voir s’il avait réveillé sa femme. Rien. « Bon » fit-il. Il enfila son pantalon de travail par dessus son pyjama et sortit voir les bêtes. Vérifier que tout allait bien. Il avait un mauvais pressentiment.

Dehors, il ne faisait pas froid. L’été avait cuit la terre toute la journée et il faudrait encore quelques heures de lune pour faire descendre la température. Un moustique vint vrombir à son oreille, le piqua, et mourut écrasé. Joe sourit en songeant à la quantité d’alcool qu’il avait dû avoir le temps d’ingérer. La mort comme extase alcoolique, et inversement ? « saloperie » avait-il murmuré, rassemblant ses pensées sous une bannières plus simple. Il essuya le cadavre en se frottant les mains, puis un autre moustique l’assaillit qu’il écarta d’un revers de main. Décidément ! pensa-t-il avant de marcher en direction des enclos.

A peine ses bergers colliers l’eurent-ils aperçu qu’il se mirent à japper, tirant sur leur chaînes, la queue entre les jambes. « Bah alors mes tout beaux, on se sent triste ? » Lorsqu’il tendit la main, Rose, la femelle, tenta de le mordre, aboyant et grondant. Il bondit en arrière, incapable même de crier. Devant lui, les chiens que son imagination débordante avait appelé Médor et Cochon aboyaient à s’en décrocher la mâchoire. Il vit que la lune était rousse et que, malgré tout, il voyait distinctement une inhabituelle étoile aux reflets rouges. Ses dix-huit vaches tournaient en rond dans leur enclos comme les musulmans à la Mecque et les poules éventaient leur bêtises en battant compulsivement des ailes.

Le calme régnait dans l’enclos des cochons. « Ca par exemple » pensa Joe, surpris par l’ambiance de la pièce qu’il connaissait pourtant bien, et de la façon dont les petits cochons se répartissaient autour de la femelle qui grognait de douleur. Lorsqu’il s’approcha, il eut la surprise de voir toutes les têtes se tourner dans sa direction et leur petits yeux en fente se poser sur lui. Il songea alors que les mâles risquaient de l’attaquer. Mais la foule des cochons s’écarta pour le laisser passer. Il eût l’impression d’être une sorte de Moïse du Jambon.

La femelle se dépoitrailler en hurlant et en poussant du derche. Joe constata la ressemble entre la chiasse et l’enfantement mais n’eût pas le temps d’approfondir, car les petits allaient sans doute se faire péter en colique dans la minute. Habitué, le fermier s’occupa de la cochonne comme il en avait l’habitude, faisant différent gestes pour la calmer et se préparant à recevoir le colis.

« Schlouf »

Joe entendit cet étrange bruit alors qu’il se trouvait à l'avant de la truie. Quelque chose lui était tombé du cul dont les cris et les pleurs lui glacèrent le sang. Son cœur sembla cesser de battre. Il entendit la craie crisser sur le tableau, le vagissement d’un animal égorgé, le gargouillis vomitif d’une vieille alcoolique, les sanglots d’une veuve, le crépitement du feu et le premier cri d’un nouveau né. Tout ça en un seul cri.

Les mutations sont rares mais chez les cochons naissent parfois des aberrations de la nature dont les cordes vocales produisent un son contre-nature qui ne doit être entendu d’aucun homme. Tandis que Joe contournait la truie, il s’attendait à découvrir un porc à deux têtes  ou quelque chose du genre. Rien ne l’aurait préparé à contempler ce qu’il vit alors. Quelque part, au fond de Joe, quelque chose se brisa et, malgré sa faible intelligence, il comprit.

Par réflexe, il prit la chose dans ses bras et l’enveloppa dans un linge. Elle le regardait aussi et ne criait plus, observant sans doute l'étrange ressemblance entre Joe et elle. Joe entendit un bruit derrière lui : sa femme était sur le perron et avait, semble-t-il assisté à la scène.

- Alors comme ça, tu me trompes avec une truie ?

Comments (3)
  • Erg
    Ca me rappelle un épisode de South Park. 1° saison, je crois.
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Last Updated on Saturday, 26 September 2009 13:36  

Tweet de Q

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Je reflechis a un eventuel retour sur canalblog, plus leger, flexible et miux referencé.
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travaille sur un roman pour le moment. Mais il n'est jamais loin !
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